Appareils et médecine esthétique : la K-beauty invente le soin de demain
Amorepacific, APR ou PharmaResearch investissent dans les appareils de soin et les produits médicaux esthétiques. Forte du succès mondial de ses cosmétiques, la beauté coréenne relie désormais le soin en cabinet et le soin à la maison.

Après avoir conquis le monde avec ses crèmes et ses sérums, la beauté coréenne voit plus grand. Dans une enquête publiée le 6 octobre 2026, The Korea Times décrit un mouvement de fond : les groupes de cosmétiques investissent dans les appareils de beauté, les dispositifs dits « à énergie » (radiofréquence, ultrasons) et les produits de médecine esthétique, avec l’ambition de devenir des fournisseurs de « solutions » complètes, du salon de soin à la salle de bains.
Amorepacific achète la moitié d’un fabricant d’appareils
Le cas le plus parlant est celui d’Amorepacific, maison mère d’une quinzaine de marques. Le 27 mars 2026, le groupe a signé un protocole d’accord avec Viol Medical, une entreprise fondée en 2009 qui conçoit des appareils de radiofréquence à micro-aiguilles destinés aux cabinets esthétiques et médicaux. La radiofréquence chauffe les couches profondes de la peau ; les micro-aiguilles permettent de délivrer cette énergie de façon ciblée. L’accord prévoyait un développement et un marketing communs, une coopération sur les appareils à domicile et un investissement stratégique, sans montant précisé à l’époque.
D’après The Korea Times, Amorepacific a ensuite pris 49,5 % du capital de Viol Medical pour 80 milliards de wons, soit environ 60 millions de dollars. En juillet, le groupe a aussi conclu un partenariat avec Higher Corp., pour associer sa technologie d’analyse de la peau aux capacités de développement d’appareils de cette société. Son directeur général, Sean Kim, affichait dès mars l’objectif de relier les soins réalisés en cabinet et les soins quotidiens à la maison.
APR et PharmaResearch, d’autres trajectoires
Le mouvement ne se limite pas à Amorepacific. APR, connu pour sa marque de soins Medicube et sa gamme d’appareils domestiques AGE-R, prépare plusieurs lancements médicaux. Selon The Korea Times, un appareil à ultrasons focalisés a reçu une autorisation en Corée et pourrait être lancé dès la fin 2026. Un « skin booster » au polynucléotide, un produit injectable destiné à améliorer la qualité de la peau, dispose d’une autorisation d’exportation : les ventes à l’étranger ont commencé au deuxième trimestre, puis se sont étendues au Japon et au Moyen-Orient au troisième. Le lancement en Corée n’est attendu qu’en 2028, le temps d’obtenir une autorisation de classe IV, la plus exigeante. L’entreprise réorganise aussi ses usines pour séparer appareils à énergie, appareils domestiques et skin boosters.
PharmaResearch, propriétaire de la marque Rejuran, prévoit pour sa part un nouvel appareil en 2026 et veut proposer aux professionnels de l’esthétique une gamme plus large. Son dirigeant, Sohn Ji-hoon, n’exclut pas des fusions ou acquisitions. Des fabricants d’appareils comme Wontech et Classys, à l’inverse, descendent vers le grand public avec des modèles domestiques. La frontière entre soin en cabinet et soin à la maison se brouille dans les deux sens.
Pourquoi maintenant, et comment conquérir l’export
Un responsable d’APR cité par le quotidien avance trois moteurs : l’intérêt croissant pour le « bien vieillir », porté par des revenus plus élevés et une espérance de vie plus longue ; les capitaux dégagés par le succès des exportations de cosmétiques ; et la demande des touristes étrangers pour les soins esthétiques en Corée. Selon lui, les entreprises qui sauront combiner cosmétiques, appareils à énergie et dispositifs médicaux prendront la tête du secteur.
À l’international, ces appareils suivent un parcours plus exigeant qu’une crème. Les experts interrogés par The Korea Times rappellent que l’agence américaine du médicament (FDA) et le règlement européen sur les dispositifs médicaux (marquage CE) demandent des autorisations approfondies, et qu’il faut s’appuyer sur des distributeurs locaux disposant d’un réseau de cliniques et d’un service après-vente. Un passage qui garantit au consommateur des appareils contrôlés, et que les groupes coréens préparent avec les moyens dégagés par leurs exportations.
Concrètement
Pour le consommateur français, la conséquence la plus immédiate concerne les appareils de beauté à domicile, déjà vendus en ligne et appelés à se multiplier, avec le savoir-faire coréen en matière de soin. Ils ne relèvent pas tous du même cadre : un appareil cosmétique et un dispositif médical n’obéissent pas aux mêmes règles. Avant d’acheter, il est utile de vérifier le marquage, la notice et les contre-indications, et de demander l’avis d’un dermatologue en cas de peau réactive ou de traitement en cours. Quant aux produits injectables, ils relèvent d’un acte médical et ne s’achètent pas en parfumerie.
À retenir
- Amorepacific a pris 49,5 % de Viol Medical, spécialiste de la radiofréquence, pour environ 60 millions de dollars.
- APR et PharmaResearch développent appareils et produits de médecine esthétique.
- Pour l’export, les groupes coréens préparent les autorisations de la FDA et le marquage CE européen.
Sources
- K-beauty breaks boundaries to offer broader solutions, The Korea Times
- Amorepacific, Viol Medical Sign MOU on Beauty and Medical Devices, AAP (communiqué Amorepacific)



