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Crèmes vendues en ligne : un corticoïde puissant caché dans un produit testé sur trois

Des chercheurs de Harvard ont analysé 18 crèmes vendues sur de grandes plateformes pour l'eczéma, le psoriasis ou les taches. Six contenaient du clobétasol, un corticoïde réservé à la prescription, absent de l'étiquette.

Par La rédactionPublié le 3 min de lecture

Une main tient un pot de crème en verre strié, sans étiquette, fermé par un couvercle bleu clair
Une main tient un pot de crème en verre strié, sans étiquette, fermé par un couvercle bleu clair

Elles cumulent des milliers d’avis en ligne et revendiquent une action contre l’eczéma, le psoriasis ou les taches. Certaines doivent leur efficacité à un ingrédient qu’elles ne déclarent pas. Une étude récemment publiée dans la revue JAMA Network Open par des chercheurs du Beth Israel Deaconess Medical Center et de la Harvard Medical School, à Boston, a détecté un corticoïde très puissant, non mentionné sur l’emballage, dans six des dix-huit produits analysés. Le magazine professionnel U.S. Pharmacist en a détaillé la méthode et les résultats.

Une sélection ciblée de produits suspects

Les chercheurs n’ont pas tiré des produits au hasard. Ils ont acheté sur de grandes plateformes de vente en ligne, entre février et décembre 2025, des soins répondant à trois critères : revendiquer une action sur des affections cutanées inflammatoires ou persistantes (dermatite, psoriasis, eczéma, hyperpigmentation), ne lister aucun ingrédient dont l’efficacité est démontrée pour ces affections, et totaliser au moins cent avis sur une plateforme. En clair, des produits populaires dont les promesses semblaient trop belles au regard de leur composition affichée.

Chaque produit a été analysé en laboratoire. Lorsqu’un résultat était positif, les chercheurs ont acheté deux unités supplémentaires pour vérifier : les trois exemplaires de chaque produit concerné contenaient bien l’ingrédient non déclaré.

Du clobétasol jusqu’à neuf fois la dose autorisée

Six produits sur dix-huit, soit un tiers, contenaient un principe actif pharmacologique absent de l’étiquette. Dans les six cas, il s’agit de propionate de clobétasol, un dermocorticoïde de la classe la plus puissante, uniquement délivré sur ordonnance. Les concentrations relevées allaient d’environ 0,01 % à 0,46 %, la plus élevée atteignant 9,2 fois la concentration de 0,05 % des formulations autorisées par la FDA, l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux. Deux de ces produits renfermaient aussi un antifongique non déclaré, du miconazole ou de la terbinafine. Trois crèmes éclaircissantes de l’échantillon contenaient le corticoïde.

Ces produits n’avaient rien de confidentiel : ils cumulaient plus de 10 000 avis en ligne et plusieurs figuraient parmi les meilleures ventes de leur catégorie.

Pourquoi c’est préoccupant

Les dermocorticoïdes sont des médicaments utiles, mais encadrés. Utilisés longtemps et sans surveillance médicale, les plus puissants exposent à un amincissement de la peau, à une acné cortico-induite, à des troubles de la pigmentation et, en cas de passage dans l’organisme, à une perturbation de l’axe hormonal qui régule le cortisol, rappelle U.S. Pharmacist. La peau du visage les absorbe plus facilement, et une exposition autour des yeux a été associée au glaucome. Le danger est accru précisément parce que l’utilisateur ignore ce qu’il applique, souvent chaque jour, sur des affections chroniques.

Le problème n’est pas nouveau. La FDA publie depuis des décennies des lettres d’avertissement et des alertes sur des corticoïdes non déclarés dans des soins en vente libre, sans que ces produits disparaissent des plateformes en ligne.

Une étude qui ne mesure pas l’ampleur du phénomène

Les auteurs le soulignent eux-mêmes : leur échantillon a été choisi pour sa probabilité de contenir ces substances. Le taux d’un tiers reflète le rendement d’une recherche ciblée, pas la fréquence de la contamination sur le marché américain. L’échantillon est petit, et il n’existe pas de méthode standardisée pour repérer ces ingrédients cachés. L’étude porte sur des produits vendus aux États-Unis, mais les mêmes plateformes livrent aussi en Europe.

Les chercheurs appellent à renforcer la surveillance des soins vendus en ligne et à mieux informer patients et soignants.

En pratique

Une crème qui fait disparaître un eczéma ou des taches en quelques jours, sans ingrédient reconnu dans sa liste, doit éveiller la méfiance. Mieux vaut éviter les produits sans fabricant identifiable ou sans liste d’ingrédients complète en français, et signaler à son médecin ou à son pharmacien toute crème achetée en ligne, surtout en cas d’effet spectaculaire ou d’effets indésirables inhabituels. Pour une affection cutanée chronique, un avis médical reste la voie la plus sûre.

À retenir

  • Sur 18 crèmes en vente en ligne, sélectionnées pour leurs promesses suspectes, six contenaient du clobétasol non déclaré.
  • La concentration la plus élevée atteignait 9,2 fois celle des médicaments autorisés aux États-Unis.
  • L’étude ne mesure pas la fréquence du problème, mais montre que ces produits figurent parmi les meilleures ventes.
  • eczéma
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  • sécurité des produits
  • taches pigmentaires

Sources

  1. Undeclared Steroids Found in Selected Online OTC Skin Products, U.S. Pharmacist

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