Soin & peau

Routine coréenne : les dermatologues de l'EADV saluent ses principes et invitent à la suivre sans raccourcis

Douceur, hydratation, respect de la barrière cutanée : au congrès européen de dermatologie, deux études confirment que les fondamentaux du soin coréen vont dans le bon sens. Elles montrent aussi que certaines vidéos virales les déforment, et comment les suivre au mieux.

Par La rédactionPublié le 4 min de lecture

Smartphone sur trépied avec anneau lumineux filmant une routine coréenne posée sur un plan de salle de bain : nettoyant Green Plum et Revive Serum de Beauty of Joseon, 345 Relief Cream de Dr.Althea et sérum solaire SKIN1004
Smartphone sur trépied avec anneau lumineux filmant une routine coréenne posée sur un plan de salle de bain : nettoyant Green Plum et Revive Serum de Beauty of Joseon, 345 Relief Cream de Dr.Althea et sérum solaire SKIN1004

Le soin coréen a conquis les réseaux sociaux, et les dermatologues s’y intéressent de près. Au congrès de l’Académie européenne de dermatologie et de vénéréologie (EADV), qui s’est tenu à Vienne du 30 septembre au 3 octobre 2026, deux travaux ont examiné les routines d’inspiration coréenne partagées sur TikTok. Leur message est double : les principes de la K-beauty, un nettoyage doux, une hydratation régulière et le soin de la barrière cutanée, rejoignent les recommandations dermatologiques. Mais une grande partie des vidéos les plus vues les simplifient à l’excès, au risque d’en perdre l’esprit. Les résultats ont été rapportés par le média professionnel Dermatology Times.

Une philosophie de soin validée sur le fond

Les auteurs le disent clairement : leurs travaux ne mettent pas en cause le soin coréen. Ses fondamentaux vont plutôt dans le sens de ce que recommandent les dermatologues. Le nettoyage doux préserve la peau au lieu de la décaper. L’hydratation en couches légères l’aide à retenir l’eau. Et l’attention portée à la barrière cutanée, la couche superficielle qui protège la peau des agressions extérieures, est au cœur de la démarche. C’est d’ailleurs cette approche, préventive et respectueuse de la peau, qui a fait le succès mondial de la K-beauty.

Ce qui pose question, c’est sa version accélérée telle qu’elle circule parfois en ligne : des routines à rallonge, présentées comme universelles, qui cumulent les actifs puissants sans tenir compte du type de peau.

38 vidéos virales passées au crible

L’équipe de Maria Lúcia Paysano a travaillé en mai 2026 à partir d’un compte TikTok créé pour l’occasion, sans historique de navigation, afin de limiter l’effet de l’algorithme. Les chercheurs ont retenu 38 vidéos parmi les plus performantes sur cinq requêtes liées au soin coréen, puis les ont évaluées avec deux grilles reconnues de qualité de l’information de santé, la Global Quality Scale et une version modifiée de l’outil DISCERN.

Selon leur analyse, 94,7 % de ces vidéos contiennent au moins une affirmation potentiellement trompeuse. 84 % ne tiennent pas compte des différences entre types de peau, 45 % encouragent à cumuler de nombreux actifs sans précaution particulière et 32 % promettent un résultat immédiat. Les informations de sécurité y sont rares : une seule vidéo évoque le risque d’irritation, deux parlent de protection solaire.

Le profil des auteurs explique en grande partie ces écarts. Environ 82 % des vidéos émanent d’influenceurs sans formation médicale, 11 % de marques de beauté, le reste d’autres créateurs. Aucune n’a été réalisée par un dermatologue. Autrement dit, l’étude mesure la qualité de la vulgarisation sur TikTok, pas celle des produits coréens.

Le cumul d’actifs, vrai sujet de vigilance

La seconde étude, conduite par l’équipe d’Ouissal Hormi, porte sur 94 patients venus consulter pour une affection cutanée nouvelle ou aggravée après avoir suivi des conseils vus sur les réseaux sociaux. Les produits en cause sont des actifs que l’on trouve dans tous les cosmétiques, coréens ou non : exfoliants AHA ou BHA (34 % des cas), rétinoïdes en vente libre (27 %), sérums à la vitamine C (14 %) et produits à la niacinamide (11 %).

Le point commun relevé par les chercheurs tient à l’usage plus qu’aux produits : 63 % des patients utilisaient plus de trois actifs en même temps. « Ce qui frappait, ce n’était pas seulement la popularité de ces produits, mais la manière dont ils étaient utilisés », a résumé Ouissal Hormi. La complication la plus fréquente est une irritation (42 %), devant l’acné (28 %) et des poussées de rosacée (12 %).

Ces deux études restent des communications de congrès, pas encore publiées dans une revue à comité de lecture. L’échantillon de vidéos est modeste, et la série de patients décrit des cas venus consulter : elle ne mesure pas la fréquence de ces réactions chez l’ensemble des utilisateurs.

Des dermatologues appelés à s’approprier le format

Pour Maria Lúcia Paysano, la réponse n’est pas de se méfier de ces routines, mais d’y apporter l’expertise qui leur manque. Elle invite les dermatologues à investir les plateformes pour rendre l’information fondée sur les preuves aussi accessible et attrayante que les tutoriels viraux. Une manière de reconnaître que l’engouement pour le soin coréen est une occasion de mieux prendre soin de sa peau.

En pratique

Une bonne routine coréenne se construit à partir de sa peau, pas d’une vidéo. Les bases font l’essentiel du travail : un nettoyant doux, une lotion ou un sérum hydratant, une crème adaptée et, le matin, une protection solaire. Les actifs plus puissants (exfoliants, rétinoïdes, vitamine C) s’introduisent un par un, sans les cumuler, en observant la réaction de la peau. En cas de rougeurs ou de picotements persistants, il suffit souvent d’alléger la routine, et de demander conseil à un dermatologue ou à un pharmacien si la gêne dure.

À retenir

  • Selon les dermatologues présents à l’EADV, les principes du soin coréen (douceur, hydratation, barrière cutanée) rejoignent les recommandations médicales.
  • Sur 38 vidéos virales, 94,7 % comportent au moins une affirmation discutable ; aucune n’est signée par un dermatologue.
  • Les réactions observées viennent surtout du cumul de plus de trois actifs, pas de la routine coréenne en elle-même.
  • routine
  • barrière cutanée
  • réseaux sociaux
  • EADV 2026
  • K-beauty

Sources

  1. Nearly 95% of Viral Korean Skincare TikTok Videos Contain Misleading Claims, Dermatology Times

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