Sommeil des enfants : l'Académie de médecine propose un couvre-feu digital à 20 h
Dans un rapport adopté le 17 mars 2026, l'Académie nationale de médecine demande une visite « sommeil » obligatoire à 6 mois et 6 ans, pas d'écrans après 20 h avant 15 ans et des cours qui commencent à 9 heures.

L’Académie nationale de médecine a adopté, lors de sa séance du mardi 17 mars 2026, un rapport consacré au sommeil de l’enfant et de l’adolescent, par 68 voix pour, 3 contre et 1 abstention. Un rapport de l’Académie exprime sa position officielle. Celui-ci, dont les rapporteurs sont Patrick Levy et Yves Dauvilliers au nom d’un groupe de travail, se conclut par trois mesures que l’institution qualifie elle-même de « mesures chocs ».
Trois mesures phares
La première vise le suivi médical : une visite consacrée au sommeil, obligatoire et inscrite au carnet de santé, à 6 mois puis à 6 ans. L’Académie souhaite plus largement que le sommeil soit évalué avant et après l’âge de six mois, période où l’enfant apprend à dormir de façon autonome, et qu’un dépistage systématique de l’insomnie, de la somnolence diurne et du retard de phase entre dans le suivi pédiatrique.
La deuxième concerne les écrans : instaurer un « couvre-feu digital » après 20 heures pour les moins de 15 ans. La troisième touche à l’organisation scolaire : décaler le début des cours à 9 heures.
Le rapport ajoute d’autres pistes : informer les familles sur les besoins de sommeil des plus jeunes (11 à 14 heures avant 3 ans, 10 à 13 heures entre 3 et 6 ans), préserver la sieste à l’école maternelle, intégrer l’éducation au sommeil dans les programmes scolaires, proposer un programme gratuit et multilingue d’éducation parentale au sommeil et créer un observatoire national du sommeil de l’enfant et de l’adolescent.
Des nuits qui raccourcissent
Ces propositions s’appuient sur un état des lieux préoccupant. Le rapport rappelle qu’en France, près de 43 % des adolescents dorment moins de 7 heures par nuit et qu’un tiers souffre de somnolence dans la journée, ce qui altère la mémoire, la concentration et la régulation des émotions.
À l’adolescence s’ajoute un phénomène biologique : le décalage de phase. La sécrétion de mélatonine, l’hormone qui prépare l’endormissement, survient plus tard dans la soirée, ce qui pousse à se coucher et à se lever plus tard. Les horaires scolaires matinaux entrent alors en conflit avec cette horloge, d’où l’idée de retarder le début des cours. Le rapport note qu’environ 40 % des adolescents présentent un trouble du sommeil et 15 à 20 % une véritable insomnie chronique.
Les écrans, de la petite enfance à l’adolescence
Le chapitre consacré aux écrans est le plus détaillé. Chez les moins de 5 ans, plusieurs études citées associent une exposition quotidienne à une baisse nette du temps de sommeil, jusqu’à 44 à 50 minutes de moins par heure d’écran supplémentaire. Entre 6 et 10 ans, selon la cohorte française ELFE, le temps d’écran passe en moyenne de 50 minutes à 2 h 19 par jour, tandis que le sommeil recule de 11 à 10 heures par nuit.
Le rapport apporte une nuance : le lien est à double sens, et un manque de sommeil à 6 ans prédit davantage un usage plus important des écrans à 10 ans que l’inverse. À l’adolescence, 70 % des jeunes utilisent un écran dans l’heure qui précède le coucher et 20 % gardent leur téléphone allumé la nuit. Les adolescents qui utilisent des écrans le soir ont deux fois plus de risque de dormir moins de sept heures, et cinq fois plus s’ils les utilisent la nuit. Les interventions qui réduisent les écrans après 21 heures allongent le sommeil et améliorent la vigilance.
Sommeil et santé mentale
L’Académie insiste sur le lien entre sommeil et santé psychique. Le rapport indique que les adolescents insomniaques ont un risque 3,4 fois plus élevé de développer une pathologie mentale et que le manque de sommeil constitue un facteur de risque suicidaire indépendant. Il rappelle aussi que les hypnotiques, notamment les benzodiazépines, sont à proscrire chez l’adolescent insomniaque, la prise en charge reposant d’abord sur des approches comportementales.
Le texte s’inscrit dans une dynamique plus large : la feuille de route interministérielle pour un sommeil de qualité, publiée en juillet 2025, reconnaît le sommeil comme un déterminant de santé. L’INSV, dans son enquête publiée quelques jours plus tôt, plaidait lui aussi pour une adaptation des horaires scolaires à l’adolescence.
Le bon réflexe en famille
Ces recommandations ne sont pas encore des règles : il appartient aux pouvoirs publics de s’en saisir. Mais elles donnent aux parents des repères concrets, comme des horaires de coucher réguliers, de la lumière naturelle dans la journée et des écrans éteints le soir. Un enfant qui ronfle, s’endort en classe ou peine à s’endormir pendant plusieurs semaines doit être vu par son pédiatre ou son médecin traitant.
À retenir
- L’Académie nationale de médecine a adopté le 17 mars 2026 un rapport sur le sommeil de l’enfant et de l’adolescent.
- Elle propose une visite « sommeil » à 6 mois et 6 ans, un couvre-feu digital à 20 h avant 15 ans et des cours à 9 heures.
- Près de 43 % des adolescents français dorment moins de 7 heures par nuit, selon le rapport.
Sources
- Le sommeil de l'enfant et de l'adolescent (rapport), Académie nationale de médecine
- 26e Journée du Sommeil : communiqué de presse, Institut National du Sommeil et de la Vigilance (INSV)



