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Mélatonine chez l'enfant : une étude et des pédiatres allemands relancent le débat

Une étude parue en août 2026 dans JAMA Network Open associe la prise de mélatonine chez l'enfant à un peu moins de sommeil paradoxal. En Allemagne, les pédiatres réclament l'interdiction des bonbons à la mélatonine.

Par La rédactionPublié le 4 min de lecture

Enfant endormi avec sa peluche dans une chambre claire à l'aube, la main d'un parent posée sur la couverture
Enfant endormi avec sa peluche dans une chambre claire à l'aube, la main d'un parent posée sur la couverture

La mélatonine, hormone que le cerveau sécrète le soir pour signaler l’arrivée de la nuit, s’est installée dans de nombreuses armoires à pharmacie familiales, souvent sous forme de compléments alimentaires. Deux actualités récentes invitent à la prudence lorsqu’il s’agit d’enfants : une étude publiée en août 2026 dans JAMA Network Open, détaillée fin septembre par le média médical américain AJMC, et une prise de position des pédiatres allemands.

Un peu moins de sommeil paradoxal chez les enfants traités

L’étude, signée A. Juginovic et L. Rodman, s’appuie sur les enregistrements de sommeil d’enfants examinés entre 2017 et 2019 dans le laboratoire du sommeil pédiatrique du Nationwide Children’s Hospital, aux États-Unis. Ces enfants ont passé une polysomnographie, un examen qui enregistre pendant une nuit l’activité cérébrale, la respiration et les mouvements pour décrire les différents stades du sommeil.

Sur 3 392 enfants, 346 prenaient de la mélatonine sur prescription. Les chercheurs les ont appariés un à un à des enfants comparables (âge, sexe, corpulence, maladies associées, apnées du sommeil, épilepsie), soit 342 paires et 684 enfants.

Résultat principal : les enfants sous mélatonine passaient une part plus faible de leur nuit en sommeil paradoxal, la phase des rêves, qui joue un rôle dans la maturation du cerveau. La médiane était de 16,7 %, contre 19,0 % chez les autres. Pour les quatorze autres mesures examinées, dont la durée totale de sommeil, l’efficacité du sommeil, le sommeil profond et la respiration, aucune différence significative n’est apparue.

Un effet faible et des limites importantes

L’ampleur de l’écart reste modeste, et les auteurs eux-mêmes jugent sa portée clinique incertaine. Plusieurs limites pèsent sur l’interprétation, selon le compte rendu d’AJMC.

L’étude est transversale : elle photographie une nuit et ne peut exclure que la causalité aille dans l’autre sens. La dose, l’heure de prise et l’observance n’étaient pas connues, puisque l’exposition provenait des seules prescriptions ; l’usage de compléments en vente libre chez les enfants « non traités » n’était pas mesuré. Les enfants étudiés avaient été adressés à un laboratoire du sommeil et présentaient plus souvent que la moyenne des troubles respiratoires, une épilepsie ou des troubles du neurodéveloppement. Enfin, l’association s’affaiblit nettement quand les diagnostics psychiatriques, l’insomnie et d’autres traitements du sommeil sont pris en compte. Les auteurs appellent à des études prospectives.

En Allemagne, les pédiatres veulent interdire les bonbons

En Allemagne, la commission de nutrition de la Société allemande de pédiatrie (DGKJ), présidée par le professeur Thomas Lücke, réclame une interdiction légale des compléments alimentaires à la mélatonine présentés sous forme d’oursons gélifiés ou d’autres confiseries, rapporte le magazine de santé Apotheken Umschau dans un article mis à jour le 7 août 2026. Son argument : donner l’apparence d’un bonbon à une substance hormonale banalise son effet et augmente le risque qu’un enfant en prenne plusieurs sans surveillance.

Le pédiatre Ekkehart Paditz, cité par le même titre, recommande des doses de 0,25 à 0,5 mg de mélatonine prescrite selon l’âge, alors que certains bonbons en contiennent de 0,5 à 1 mg par pièce selon leurs fabricants. Les pédiatres allemands soulignent aussi le manque de données de sécurité à long terme, notamment sur la puberté.

En France, une recommandation de l’Anses depuis 2018

La France n’a pas pris de mesure nouvelle en 2026 sur ce sujet, mais la position des autorités sanitaires est connue. En avril 2018, après avoir reçu 90 signalements d’effets indésirables via son dispositif de nutrivigilance, l’Anses a recommandé à plusieurs populations d’éviter les compléments contenant de la mélatonine : femmes enceintes et allaitantes, enfants et adolescents, personnes atteintes de maladies inflammatoires ou auto-immunes, et personnes dont l’activité exige une vigilance soutenue. Les personnes épileptiques, asthmatiques, souffrant de troubles de l’humeur ou prenant des médicaments doivent demander un avis médical avant d’en prendre.

En France, ces compléments peuvent être vendus s’ils apportent moins de 2 mg de mélatonine par jour. L’agence plaidait pour un cadre harmonisé au niveau européen, les règles variant d’un pays à l’autre.

Le bon réflexe pour les parents

Ces travaux ne démontrent pas que la mélatonine est dangereuse pour l’enfant, ni qu’elle est anodine. Ils rappellent que ses effets à long terme restent mal connus et qu’un trouble du sommeil chez l’enfant mérite d’abord un diagnostic. L’Académie nationale de médecine, dans son rapport de mars 2026 sur le sommeil de l’enfant, réserve la mélatonine à certains cas (troubles du rythme veille-sommeil, troubles du spectre de l’autisme, TDAH) et uniquement sur avis spécialisé. Avant d’en donner à un enfant, le bon réflexe reste de consulter le pédiatre ou le médecin traitant.

À retenir

  • Une étude de JAMA Network Open (août 2026) associe la mélatonine chez l’enfant à un peu moins de sommeil paradoxal (16,7 % contre 19,0 %), sans autre différence mesurée.
  • Les auteurs jugent l’effet modeste et l’étude limitée ; elle ne prouve pas de lien de cause à effet.
  • En France, l’Anses déconseille depuis 2018 les compléments à la mélatonine aux enfants et adolescents.
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  • enfants
  • compléments alimentaires
  • réglementation

Sources

  1. Melatonin Use Linked to Small REM Sleep Reduction in Children, AJMC
  2. Warnung vor Gummibärchen mit Melatonin als Einschlafhilfe für Kinder, Apotheken Umschau
  3. L'Anses recommande à certaines populations d'éviter la consommation de compléments alimentaires contenant de la mélatonine, Anses
  4. Le sommeil de l'enfant et de l'adolescent (rapport), Académie nationale de médecine

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