Bien-être

Additifs : l'Inserm associe colorants et conservateurs à des risques accrus

Trois études issues de la cohorte NutriNet-Santé, présentées le 21 mai 2026, associent une consommation élevée de colorants et de conservateurs à plus de cancers, de diabète de type 2 et d'hypertension. Les auteurs demandent une réévaluation.

Par La rédactionPublié le 4 min de lecture

Bol en céramique de flocons d'avoine avec des épis, à côté d'une cuillère dorée et de fleurs de camomille
Bol en céramique de flocons d'avoine avec des épis, à côté d'une cuillère dorée et de fleurs de camomille

Le 21 mai 2026, l’Inserm a présenté trois nouvelles études sur les additifs alimentaires, menées par l’équipe de recherche en épidémiologie nutritionnelle (Cress-Eren) qui réunit l’Inserm, INRAE, le Cnam, l’université Sorbonne Paris Nord et l’université Paris Cité. Dirigés par Mathilde Touvier, directrice de recherche à l’Inserm, ces travaux portent sur deux familles d’additifs très répandues : les colorants et les conservateurs.

Tous reposent sur la cohorte NutriNet-Santé, lancée en 2009, qui suit aujourd’hui plus de 183 000 volontaires en France. Leur force est la précision des données : les participants déclarent régulièrement ce qu’ils mangent sur 24 heures, avec le nom et la marque des produits. Les chercheurs ont croisé ces relevés avec des bases de composition (Oqali, Open Food Facts, GNPD), des dosages en laboratoire et les données de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) pour estimer l’exposition de chacun, additif par additif.

Colorants et cancer

La première étude, publiée le 9 avril 2026 dans l’European Journal of Epidemiology, porte sur 105 260 participants suivis de 2009 à 2023, parmi lesquels 4 226 cancers sont apparus. En comparant les plus forts consommateurs de colorants (codes E100 à E199) aux plus faibles, les chercheurs observent un risque de cancer global supérieur de 14 %, de cancer du sein de 21 % et de cancer du sein après la ménopause de 32 %.

Deux colorants ressortent individuellement : le bêta-carotène (E160a), associé à 16 % de risque de cancer en plus et 41 % de cancer du sein, et le caramel ordinaire (E150a), associé à 15 % de risque de cancer en plus.

Colorants et diabète de type 2

La deuxième étude, publiée le 20 mai 2026 dans Diabetes Care, a suivi 108 723 personnes, dont 1 131 ont développé un diabète de type 2. Les plus forts consommateurs de colorants présentent un risque supérieur de 38 %. Plusieurs colorants sont associés individuellement à un risque accru, dont les caramels (+43 %), le bêta-carotène (+44 %), le caramel ordinaire (+46 %), la curcumine E100 (+49 %) et les anthocyanes E163 (+40 %).

Conservateurs et hypertension

La troisième étude, publiée le 21 mai 2026 dans l’European Heart Journal, concerne les conservateurs : ceux au sens strict (E200 à E299) et les antioxydants utilisés comme conservateurs (E300 à E399). Sur 112 395 participants suivis jusqu’en 2024, 5 544 ont développé une hypertension et 2 450 une maladie cardiovasculaire.

L’ensemble des conservateurs est associé à un risque d’hypertension supérieur de 24 %. Les conservateurs non antioxydants sont liés à 29 % d’hypertension en plus et 16 % de maladies cardiovasculaires en plus. Sur les 17 conservateurs analysés un par un, huit sont associés à davantage d’hypertension, dont le sorbate de potassium E202 (+39 %) et l’acide citrique E330 (+25 %). L’acide ascorbique E300, autrement dit la vitamine C ajoutée comme antioxydant, est associé à 15 % de maladies cardiovasculaires en plus.

Des associations, pas une preuve de causalité

Ces résultats restent des associations statistiques, observées dans une population : ils ne démontrent pas qu’un additif donné provoque une maladie. Les analyses tiennent compte de nombreux facteurs, comme l’âge, le tabac, l’alcool ou la qualité globale de l’alimentation, et excluent les personnes déjà malades au départ. Mais une étude observationnelle ne peut pas écarter tous les biais. Les participants de NutriNet-Santé sont par ailleurs des volontaires, ce qui limite la généralisation à l’ensemble de la population.

Les auteurs n’appellent pas à une interdiction immédiate. Ils demandent aux autorités sanitaires de réévaluer la sécurité de ces additifs, en intégrant pour les conservateurs une approche bénéfice-risque : ces substances limitent aussi le développement de micro-organismes dans les aliments. Ces travaux prolongent deux études publiées début 2026 par la même équipe sur les conservateurs, le cancer et le diabète de type 2.

Au quotidien

En attendant une éventuelle réévaluation, les chercheurs renvoient aux recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) : limiter l’exposition aux additifs non indispensables et privilégier les aliments peu transformés. Concrètement, la liste des ingrédients, où figurent les additifs, par leur nom ou leur code en E, permet de repérer les produits qui en contiennent beaucoup. Pour toute question liée à un diabète, une hypertension ou un régime particulier, un médecin ou un diététicien reste le bon interlocuteur.

À retenir

  • Trois études de l’Inserm (avril et mai 2026) associent colorants et conservateurs à des risques accrus de cancer, de diabète de type 2 et d’hypertension.
  • Ce sont des associations observées dans la cohorte NutriNet-Santé, pas des preuves de causalité.
  • Les auteurs demandent une réévaluation des additifs et rappellent le conseil du PNNS de privilégier les aliments peu transformés.
  • nutrition
  • additifs
  • Inserm
  • NutriNet-Santé

Sources

  1. Colorants, conservateurs : trois nouvelles études pointent des liens entre additifs alimentaires et risque accru de cancer, de diabète de type 2, de maladies cardiovasculaires et d'hypertension, Inserm (salle de presse)

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