Bémotrizinol : le filtre UV autorisé en Europe entre dans les solaires américains
Depuis le 9 août 2026, les fabricants américains peuvent formuler avec le bémotrizinol, premier nouveau filtre solaire admis aux États-Unis depuis la fin des années 1990. Un filtre déjà autorisé dans l'Union européenne.

Depuis la fin des années 1990, aucun nouveau filtre solaire n’avait été admis aux États-Unis. Le 9 août 2026, ce long statu quo a pris fin. Ce jour-là est entrée en vigueur la décision de l’Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) d’ajouter le bémotrizinol à la liste des filtres autorisés dans les protections solaires vendues sans ordonnance.
Une décision attendue depuis deux ans
La FDA a publié son ordonnance administrative finale, référencée OTC000039, le 10 juin 2026, selon le cabinet d’avocats Venable (le cabinet réglementaire CIRS la date du 9 juin). Elle répond à une demande déposée le 23 septembre 2024 par la société DSM Nutritional Products, fabricant de l’ingrédient. Un projet d’ordonnance avait été publié le 12 décembre 2025 et soumis à commentaires jusqu’au 26 janvier 2026.
Selon Venable, il s’agit du premier filtre ajouté à la monographie américaine des produits solaires depuis la fin des années 1990, et du premier actif admis par la procédure simplifiée créée par la loi fédérale dite CARES Act. Aux États-Unis, les crèmes solaires sont réglementées comme des médicaments en vente libre : chaque filtre doit figurer dans cette monographie, une sorte de liste officielle des ingrédients et de leurs conditions d’emploi.
Le cabinet rappelle que la précédente tentative de réforme, le Sunscreen Innovation Act de 2014, censé accélérer l’examen de nouveaux filtres, « n’a pas produit de résultats ».
Ce que permet la nouvelle règle
La FDA considère le bémotrizinol comme « généralement reconnu comme sûr et efficace » jusqu’à 6 % dans les produits solaires à large spectre, pour les adultes et les enfants à partir de six mois. Il peut être combiné aux autres filtres autorisés, à l’exception du PABA et du salicylate de trolamine.
Les formes autorisées sont nombreuses : huile, lotion, crème, gel, baume, pâte, pommade, stick et spray. Mais l’agence a exclu les aérosols à gaz propulseur, faute de données de stabilité suffisantes, ainsi que les poudres. Les sprays doivent fonctionner par pompe ou par système à poche séparée, dit « bag-on-valve ». DSM bénéficie par ailleurs de dix-huit mois d’exclusivité à compter du 9 août 2026.
Un filtre familier en Europe
Pour les consommateurs européens, la nouveauté est relative. Sous son nom chimique, bis-ethylhexyloxyphenol methoxyphenyl triazine, le bémotrizinol figure à l’annexe VI du règlement européen sur les cosmétiques, qui liste les filtres UV autorisés, avec une concentration maximale de 10 %, indique le cabinet CIRS. Il est également autorisé en Chine, au même plafond. Le seuil américain de 6 % reste donc plus restrictif.
Pour les formulateurs américains, l’enjeu est concret : disposer d’un filtre supplémentaire, utilisable dans des produits à large spectre, c’est-à-dire protégeant à la fois contre les UVB, principaux responsables des coups de soleil, et contre les UVA. Jusqu’ici, ils devaient composer avec une liste de filtres restée figée depuis plus de vingt ans.
Une procédure qui reste lente
Le dossier illustre aussi la lenteur du système américain. Entre la demande de DSM et l’entrée en vigueur de l’ordonnance, près de deux ans se sont écoulés, pour un ingrédient déjà autorisé en Europe et en Chine. Et Venable note que le texte final s’écarte du projet initial sur deux points sensibles : le rejet des aérosols et la durée d’exclusivité, que le projet laissait en suspens.
En pratique
Pour un consommateur en France, rien ne change : le bémotrizinol est déjà autorisé dans l’Union, où il apparaît dans la liste des ingrédients sous le nom bis-ethylhexyloxyphenol methoxyphenyl triazine. La décision américaine concerne d’abord les marques qui formulent pour les États-Unis : elles disposent désormais d’un filtre que les fabricants européens peuvent déjà employer, avec toutefois un plafond plus bas.
À retenir
- Depuis le 9 août 2026, le bémotrizinol est autorisé jusqu’à 6 % dans les solaires américains, premier ajout depuis la fin des années 1990.
- Les aérosols à gaz propulseur et les poudres restent exclus faute de données suffisantes.
- En Europe, le même filtre est déjà autorisé jusqu’à 10 %.



