Héliotropine et acétophénone : les experts européens fixent leurs conditions d'usage
Le 15 octobre 2026, le CSSC a publié ses avis définitifs sur deux ingrédients parfumants menacés d'interdiction en raison d'un possible classement comme toxiques pour la reproduction. Les deux restent jugés sûrs, mais sous conditions strictes.

Deux ingrédients bien connus des parfumeurs viennent d’obtenir un sursis encadré. Le 15 octobre 2026, le Comité scientifique pour la sécurité des consommateurs (CSSC, ou SCCS en anglais), l’instance d’experts qui conseille la Commission européenne sur la sécurité des ingrédients cosmétiques, a publié ses avis définitifs sur l’héliotropine et l’acétophénone. Il les juge sûres, à condition de respecter des concentrations et des usages précis, selon l’analyse publiée le lendemain par le service réglementaire ChemLinked.
Une menace d’interdiction automatique
L’enjeu est de taille pour ces deux substances. Elles font l’objet d’une proposition de classement comme toxiques pour la reproduction de catégorie 1B au titre du règlement européen CLP, qui encadre la classification et l’étiquetage des produits chimiques. Comme le rappelle ChemLinked, un tel classement pourrait conduire à leur interdiction dans les cosmétiques, le règlement européen réservant un traitement très strict aux substances CMR, c’est-à-dire cancérogènes, mutagènes ou toxiques pour la reproduction.
La question posée au comité était donc simple : ces ingrédients peuvent-ils continuer à être utilisés en toute sécurité, et à quelles conditions ? Il avait rendu des avis préliminaires au printemps, en avril pour l’héliotropine et en mai pour l’acétophénone, avant de les soumettre à consultation publique. Les avis définitifs tiennent compte des commentaires reçus.
L’héliotropine cantonnée au parfum pour adultes
Pour l’héliotropine (numéro CAS 120-57-0), le CSSC la considère comme sûre jusqu’à 1,8 % dans les parfums fins destinés aux adultes, compte tenu de son classement potentiel en catégorie 1B. Son évaluation est limitée à cet usage.
Le comité ajoute toutefois que ses calculs de marge de sécurité, qui comparent l’exposition estimée des consommateurs aux doses jugées sans effet, suggèrent une marge acceptable pour un usage cumulé dans d’autres cosmétiques, y compris ceux destinés aux enfants. Il a aussi considéré l’exposition combinée provenant du tabac, des cigarettes électroniques et des cosmétiques, là encore avec une marge jugée acceptable.
L’acétophénone limitée à 100 ppm, et seulement dans les extraits naturels
Pour l’acétophénone (numéro CAS 98-86-2), la conclusion est plus restrictive. Le CSSC la juge sûre jusqu’à 100 ppm, soit 0,01 %, dans les produits cosmétiques, pour les adultes et les enfants à partir de 3 ans. Les sources d’exposition non cosmétiques ont été prises en compte.
Une précision change tout : cette conclusion ne s’applique qu’à l’acétophénone en tant que constituant de substances naturelles complexes (en anglais, natural complex substances), c’est-à-dire présente naturellement dans des huiles essentielles ou extraits végétaux utilisés en parfumerie. Elle ne vaut pas pour ces substances naturelles complexes en tant que telles, et ne couvre pas l’ajout d’acétophénone pure comme ingrédient.
Et maintenant ?
Le CSSC est un organe consultatif : ses avis éclairent la Commission européenne, à qui il revient de décider des suites réglementaires. Aucune mesure ni calendrier n’avait été annoncé dans les sources consultées au moment de la publication des avis définitifs.
Pour les maisons de parfum et les fournisseurs d’ingrédients, ces avis apportent néanmoins une visibilité attendue : ils identifient des conditions d’usage jugées sûres, là où un classement CMR faisait planer le risque d’une interdiction.
En pratique
Rien dans l’immédiat pour les produits en rayon. Ces avis dessinent toutefois le cadre probable de l’avenir de ces deux molécules : un usage réservé et plafonné pour l’héliotropine dans la parfumerie adulte, et une présence limitée à de très faibles teneurs pour l’acétophénone issue d’extraits naturels. Les personnes qui souhaitent réduire leur exposition aux substances parfumantes peuvent privilégier les produits sans parfum, en particulier pour les enfants.
À retenir
- Le CSSC juge l’héliotropine sûre jusqu’à 1,8 % dans les parfums fins pour adultes.
- L’acétophénone est jugée sûre jusqu’à 0,01 %, uniquement comme constituant d’extraits naturels.
- Les deux substances, candidates à un classement CMR, échappent ainsi à une interdiction automatique, sous réserve d’une décision de la Commission.
Sources
- EU SCCS Finalizes Safety Opinions on Heliotropin and Acetophenone in Cosmetics, ChemLinked (Global Cosmetic Compliance)



